Afghanistan Stories

The quest for the treasure of Mir-Zakah (Paris, London, Afghanistan) . Story by Philippe Flandrin and Michel Setboun R20401

first page English

The Treasure of Alexander the Great narrates a fabulous treasure hunt. From the Indus Valley to Europe and then to Japan, Osmund Bopearachchi, Professor, Sorbonne University, Paris, and member of the Royal Numismatic Society, Great Britain, has, during the past ten years, tracked down the fate of the Mir Zakah hoard, discovered by Afghan tribesmen in their land.
Summer 1992, four tons of gold, silver and bronze coins, masses of jewelry, ornaments, golden plates, precious stones, minted or chiseled, from the golden age of the Achemenid Empire (V th century BC) to the end of the Kushan's (III thd century AD) spread from the depth of a well near the village of Mir Zakah, Paktya Province, Afghanistan. Warlords criminals and traffickeers seize the treasure and sold it counterfeiting its provenance, to Moghul-rich collectors, such as Mrs. Mihoko Koyama, a Japanese billionnaire from Osaka. When, in October 2004, in the hands of a man coming from Peshawar, a golden medal, minted depicting the effigy of Alexander the Great, appears in London market, Osmund Bopearachchi immediately understood the historical value of the coin: It is, nowadays, certainely, the only available portrait minted during the lifetime of the Macedonian King. In, 326 BC, victor of the Persian Empire, Alexander crossed the Indus river and defeated King's Porus, with his formidable elephant's cavalry on the banks of the Jelhum River. Hence, four centuries of Greek rule over Central Asia and India may begin. On this victory medallion Alexander wearing the scalp of the Elephant, appears equal to Jupiter. A few samples of the coin were presented by Alexander to his generals. Hidden from ordinary men, during more than 24 centuries, this great present has come out from ages to become the most coveted treasure of our time in London, and was presented to the scientific community in Paris on June the 17th 2005.

LE TRESOR D'ALEXANDRE; Quand l'Afghanistan roule sur l'or.

Des pieces de l'Antiquite grecque sont regulierement mises au jour au fin fond du pays des talibans et alimentent fantasmes et trafics.

PHOTOS MICHEL SETBOUN TEXTE PHILIPE FLANDRIN

Le 1" mars 2005, en direction de Mir Zakah, le village au tresor. Le trafic est intense. C'est la principale voie de communication entre l'Afghanistan et la vallee de ('Indus. Berceau des talibans, cette region a ete, dans l'Antiquite, le creuset des civilisations greco-indiennes.

D'ahurissantes tonnes d'or et d'argent ont disparu au cœur de la montagne Afghane : elles venaient du roi des rois, Alexandre le Grand. Apres sa victoire qui consacre la naissance de la civilisation greco-indienne au IVe siecle av. J.-C., le conquerant a distribue des medailles a titre de cadeaux. Ses successeurs locaux feront de meme, et plus. Hormis quelques pieces, on n'avait jamais rien retrouve de cette manne. Jusqu'en 1992 ou, a Mir Zakah, un petit village de la zone tribale, la source locale commence par rejeter en masse monnaies et autres joyaux. En pleine guerre civile, l'Etat afghan est incapable de resister aux seigneurs de la guerre qui se partagent dans le sang ce tresor, puis le revendent clandestinement sur le marche de l'art. Depuis plus de dix ans, l'archeologue Osmund Bopearachchi, professeur a la Sorbonne, denonce ce pillage et se demene pour en suivre la trace au nom du patrimoine de l'humanite. Notre reporter l'a accompagne dans son recent voyage aux sources du tresor d'Alexandre le Grand.

ATTENTION DANGER ! LES EXPERTS OCCIDENTAUX NE TRAINENT PAS LONGTEMPS DANS LES VILLAGES TENUS PAR LES COMMANDANTS MOUDJAHIDIN.

II n'est pas facile d'enqueter dans la region de Mir Zakah, surtout quand il s'agit de savoir ou sont passes plus d'un demi-million de pieces de monnaie et au moins 350 kilos d'objets en or. Les Mangal, l'ethnie regionale, sont reputes pour leur mefiance envers les etrangers. Proches des talibans, ils prefereraient qu'on parle moins de leur source extraordinaire, un puits d'une vingtaine de metres de profondeur, ou, durant six a sept siecles, jusqu'au dernier empereur kouchan, les differents maîtres indo-europeens de la region ont cache leur magot. C'est toute l'histoire des premieres rencontres entre la Grece et l'Orient qui a jailli par hasard de cette montagne Afghane. Malheureusement, l'essentiel du tresor a quitte clandestinement le pays pour la joie de quelques collectionneurs milliardaires internationaux. Sur place, plusieurs villageois possedent encore des pieces.

Osmund Bopearachchi et Philippe Flandrin racontent cette fabuleuse histoire dans « Le portrait d'Alexandre le Grand » (ed. du Rocher).

Un matin de 1947, au printemps, Zeba la Belle quitte le gynecee afin de puiser a la source de l'eau pour sa grand-mere Roshana la Lumiere. Depuis, tout le village creuse.

Octobre 2004. Il pleut sur Marble Arch. Le Pr Osmund Bopearachchi, archeologue et numismate de renommee internationale, vient d'arriver a Londres incognito. Ce grand specialiste des civilisations greco-indiennes n'est pas la pour un nouveau congres, mais pour un rendez-vous secret. Contraint par les circonstances - le pillage radical du patrimoine afghan -, l'universitaire a decide d'endosser le costume du detective. Maintenant, dans une chambre plongee dans une demi-obscurite, pres d'un lit aux draps defaits, le cœur battant, il contemple une pure merveille. Une medaille d'or extraordinaire. Une petite piece (16,75 grammes pour un diametre de 19 millimetres), mais frappee du portrait du roi des rois. Alexandre le Grand coiffe du « scalp » d'un elephant. L'antiquaire pakistanais confirme que cette piece unique vient de Mir Zakah, un village afghan de la province du Paktia, le sanctuaire des tribus pach-tounes, ou un fabuleux tresor a ete deterre au debut des annees 90. Cela fait plus de dix ans que le Pr Bopearachchi est sur la piste de ce qu'il appelle, dans son langage professionnel, un depot monetaire pas moins de 4 tonnes de metal frappe, autrement dit pres de 550000 monnaies, essentiellement en argent et en bronze, ainsi que 350 kilos d'objets en or ».Le tresor d'Alexandre le Grand s'est volatilise, pour le plus grand plaisir des collectionneurs prives, des trafiquants d'art internationaux et des chefs de tribu du Yagestan, le « pays des rebelles ». Au grand dam du patrimoine afghan et de celui de l'humanite. Au gre de ses informations, le numismate quinquagenaire de la Sorbonne s'efforce de retrouver ces objets temoins d'une civilisation exceptionnelle nee a la rencontre de l'Orient et de l'Occident. S'il ne peut les acquerir, au moins peut-il les photographier et prendre note de leurs mesures et de leur provenance. « Un objet d'art sorti de son contexte archeologique, martele-t-il, perd plus de la moitie de sa valeur historique. » Le savant est pret a prendre tous les risques. Apres cette nouvelle rencontre avec le tresor de Mir Zakah, Osmund Bopearachchi decide de retourner au village d'ou tout est parti. Je l'accompagne. A Kaboul, devant un the brûlant, Nader Rasooli, le directeur de l'Institut d'archeologie, nous previent qu'il vaut mieux eviter les impairs avec les Mangal, l'ethnie locale. Plutot des « mechants », sympathisants de Ben Laden et de ses sbires, qui n'aiment guere l'etranger, 74 surtout si l'on s'interesse a l'avalanche de vaisselle royale, de grands joyaux, de parures feminines et de monnaies anciennes a l'effigie des princes de la Grece et de l'Inde, qui s'est abattue sur leur miserable bourgade et a exige un lourd tribut de sang. Les gendarmes qui nous escortent ne sont guere rassures. Finalement, les Mangal nous offriront sans probleme le gîte et le couvert. Le professeur rappelle aux anciens du village l'odyssee antique de leur fabuleux tresor. Ete 326 av. J.-C, apres avoir soumis les Perses, Alexandre entre en Inde ou l'attend le roi Porus et son armee forte de 200 elephants. La bataille s'engage sur la riviere Hydaspe, 300 kilometres seulement a l'est de Mir Zakah. Alexandre l'emporte. Le voici maître de l'univers, l'egal de Jupiter. Ses lieutenants seront rois. Ils regneront pendant trois siecles sur la Bactriane, le Gandhâra et les autres pays qui constituent aujourd'hui l'Afghanistan et le Pakistan. Pour commemorer ce triomphe, l'empereur fait graver des medailles qu'il distribue en recompense. Les unes sont en argent, les autres en or. Pendant vingt-trois siecles, le monde ignorera l'existence de ces somptueux cadeaux. En 1879, enfin, trois caravaniers venus de Boukhara jusqu'au bazar des orfevres de Rawalpindi proposent un medaillon d'ar gent datant sans aucun doute de cette epoque oubliee.

Achete par les Britanniques, il entre au British Museum sous le nom de « Medaillon de Porus », car on y voit grave l'affrontement d'un cavalier grec et d'un elephant monte par deux Indiens. Alexandre se tient debout, porteur du foudre de Jupiter. Peu a peu, a mesure des fouilles, de nouveaux exemplaires apparaissent sur le marche des antiquites. Le « Medaillon de Porus » devient l'une des monnaie les plus recherchees du monde. Au terme d'un frugal et convivial repas, un ancien se souvient du premier tresor de Mir Zakah. «Tout a commence au printemps 1947 nous raconte-t-il. C'etait apres la fonte des neiges. Le roi Zahir Shah regnait alors sur l'Afghanistan. Un matin, Zeba la Belle descend du quartier des femmes, le gynecee, ou les hommes ne peuvent entrer qu'avec le consentement de la grand-mere. La vieille Roshana a Lumiere l'a chargee d'aller puiser de l'eau a Mir Zakah, l'intarissable source d'ou le village tire son nom. Cette eau a la reputation d'etre la meilleure au monde. Quand Zeba remonte le seau, il y a au fond une monnaie d'or. Zeba court vers la grand-mere qui prend la piece entre ses doigts et lui parle de la reine legendaire a l'incommensurable fortune. « Elle s'appelait Mir Zakah. Et toi, Zeba, tu viens de retrouver son tresor». Tout le village se met alors a creuser avec frenesie. Les hommes trouvent plus de 10000 monnaies. La fievre monte a Mir Zakah Averti, le roi depeche ses archeologues, dont deux Français, l'architecte Marc Le Berre et le numismate Raoul Curiel. Les pieces qu'ils examinent racontent l'histoire de l'antique Afghanistan, entre Asie centrale et vallee de l'Indus, depuis le I" Empire perse achemenide (Ve siecle av. J.-C.) jusqu'a l'empire kouchan (IIP siecle apr. J.-C.), en passant par la conquete d'Alexandre. Tout est la: les royaumes greco-bactriens, indo-grecs, indo-scythes, indo-parthes ! Mir Zakah est le livre ouvert de l'Antiquite ! Mais les Mangal se font nerveux. Le Berre et Curiel repartent sans avoir pu fouiller systematiquement le site. Nous sommes invites a passer la nuit chez l'instituteur, un ancien militaire. Au bout d'un sentier enneige, nous entrons dans une maison de terre aux volets clos. Nous dormirons dans le quartier des hommes, autour d'un poele qui tarde a chauffer. Zalmay, l'instituteur, s'excuse de la simplicite des lieux. A Mir Zakah, en depit du tresor mythique, apparemment, on n'est pas riche. Apres de nombreuses politesses et tasses de the, Zalmay commence a nous expliquer la deuxieme « fievre de l'or » de Mir Zakah. Printemps 1992, l'Afghanistan est en conflit depuis quinze ans. Le regime communiste s'effondre. Vainqueurs, les chefs moudjahidin se metamorphosent en autant de petits seigneurs de guerre. Viennent les pluies et, avec elles, des pieces d'or reapparaissent pres de la source du petit village mangal. Les jeunes pensent qu'elles tombent de la colline, mais les anciens n'ont pas oublie Zeba la Belle et la legende de la reine Mir Zakah. Le nouveau tresor se trouve toujours sous la source, mais par 20 metres de profondeur. Ce que les villageois extraient a de quoi rendre fous ces pauvres gens. Des disputes eclatent. Il y a des morts. Le conseil tribal se reunit. Zalmay, l'instituteur, jadis proche des communistes, n'en fait pas partie. Les commandants moudjahidin se partagent le magot. Zalmay ne dit plus rien. Il paraît inquiet. Des nouveaux venus viennent d'entrer. L'un d'eux a les ongles peints, les yeux faits, quelque chose de feminin, et des monnaies indo-grecques plein les poches. Il s'appelle Sukmanay. Il tend ses pieces au professeur qui reconnaît aussitot les successeurs d'Alexandre : Hermaios, Apollodote Ier, Lysias, Soter Megas, des souverains du temps de Cleopâtre. Le Mangal possede encore quelques belles pierres : cornalines, agates, manganese, dents d'elephant. De 1992 a 1994, alors qu'il avait a peine 20 ans, il a fouille le sol de son village pour un salaire journalier de 300 roupies pakistanaises, environ 120 euros mensuels. Avec l'argent, il a pu s'acheter une maison de the et des beaux vetements. Le conseil des commandants employait une centaine d'ouvriers, tous membres de la tribu. Pendant deux ans, Sukmanay a ainsi extrait de l'eau des bijoux couverts de boue: dariques d'or de Darios et de Xerxes, stateres de Seleucos I", prince de Babylone, tetradrachmes d'Eucratide, de Menandre, de Zoilus, les princes grecs de la Bactriane et du Gandhâra. Il a vu les plaques d'or que les mages de Zarathoustra accrochaient aux arbres sacres. Il a tenu dans ses mains les grands hanaps d'argent ornes de la tete du cheval ou du cerf avec lesquels ils faisaient libation. Il a caresse les bracelets, les bagues, les colliers et les ceintures d'or et de pierres des princesses antiques, telle la majestueuse Roxane qui donna un fils a Alexandre. Le patron de la petite maison de the aurait pu devenir riche comme le grand conquerant, mais il n'a reçu que quelques petites pieces, un pourboire. Il s'est contente de regarder les commandants traiter avec la clientele venue de Peshawar et des cites voisines. Il en coûtait 5 000 roupies (69 euros) pour voir le tresor entrepose dans une maison fortifiee. C'etait une veritable foire d'empoigne. Et la bagarre a commence. Cinq des douze principaux commandants sont assassines. Leurs meurtriers se seraient entendus avec Jan Baz, un terrible brigand qui aurait empoche le gros lot pour 114 millions de roupies (1,5 million d'euros). Nader Rasooli, le directeur de l'Institut d'archeologie d'Afghanistan, nous avait deja revele les dessous de l'affaire. Durant l'ete 1993, tandis que l'or enfievre Mir Zakah, Kaboul croule sous un deluge de bombes. Gulbuddin Hekmatyar, seigneur de la guerre et homme de confiance des services pakistanais, une vieille connaissance de Ben Laden, s'affronte obstinement avec Ahmad Shah Massoud, « le Lion du Panshir », pour le controle de la capitale. Au meme moment, trois chefs mangal contactent Nader Rasooli. Ils veulent vendre leur tresor a l'Etat afghan. Rasooli previent Massoud qui decide de l'envoyer a Mir Zakah. L'helicoptere qui le transporte est pris pour cible par les hommes d'Hekmatyar qui, lui aussi, se lance dans la course au tresor. C'est par miracle que Rasooli arrive au village. Apres avoir paye pour voir, il a le temps d'examiner le tresor avant de rentrer a Kaboul ou commence le marchandage. Massoud propose 15 millions de dollars (12,5 millions d'euros) aux commandants de Mir Zakah, mais, finalement, Hekmatyar en offre le double et l'emporte !

Jan Baz est son homme de main. Sur son ordre, les villageois sont contraints de charger par centaines les sacs remplis de joyaux et de monnaies sur des camions barioles. Direction Peshawar, la ville pakistanaise de l'autre cote de la frontiere. C'est la cite de tous les dangers. La, le big business a commence. Jan Baz le brigand a des bons contacts dans la haute societe. De Londres, il fait venir Nigel Markham, un parfait gentleman anglais, homme de confiance des plus grands collectionneurs. Le tresor quitte vite Peshawar et gagne bientot la zone franche de l'aeroport international de Baie. En Suisse, Markham le met aussitot en vente. C'est Noriyoshi Horiuchi, un marchand japonais de Tokyo, qui emporte les encheres. Sa commanditaire, Mihoko Koyama, une milliardaire du textile d'Osaka, lui a confie 200 millions de dollars (165 millions d'euros) pour remplir le musee qu'elle construit pres de Kyoto. Horiuchi fait son shopping : monnaies, vases, bols, plaques, bijoux, le meilleur du tresor y passe. Pour eviter que le gouvernement afghan ne vienne un jour le reclamer, c'est avec une nouvelle identite que les merveilles de Mir Zakah arrivent au Japon. Le tresor d'Alexandre le Grand est desormais cense provenir des rives de l'Amou Darya, a 800 kilometres au nord des montagnes du Paktia ! Il peut donc etre expose en paix au musee Miho, un temple de la beaute au dire de sa proprietaire. Mihoko Koyama est aussi la grande pretresse de Shinji Shumeikai, une secte forte de 300 000 membres repartis dans le monde entier, qui croient que le salut de l'homme se trouve dans la contemplation des œuvres d'art et dans l'agriculture bio. En 2002, Osmund Bopearachchi a visite le musee Miho, un palace des montagnes construit pour 250 millions de dollars (206 millions d'euros) par l'architecte I.M. Pei, l'auteur de la Pyramide du Louvre. Il a prevenu Mme Koyama que son tresor provient, non pas des rives de l'Amou Darya, mais de Mir Zakah, et qu'il appartient a l'Afghanistan. On ne l'a pas ecoute.

 
 
Copyright © 2004-2005 Michel Setboun All Rights Reserved. |Terms Of Use | Contact | Infos US | Infos Fr | Site Map